Du Concept à la Realité

Envoyé par Joshua Tree le 26 janvier 2008-01-27

Hier, nous sommes allés à l’annexe du HCR des Nations-Unies de Goz Beida
qui chapeaute les camps de Djabal et Goz Amer.

• Djabal héberge environ 15.500 réfugiés
• Goz Amer héberge environ 20.000 réfugiés

Et il y a en plus environ 120.000 IDP (personnes déplacées à l’intérieur)

Vous allez probablement vous demander, comme moi, quelle est la différence entre un réfugié et un IDP ? Bonne question. La différence est qu’un réfugié est quelqu’un qui a passé la frontière à cause de la persécution, de la violence, de l’oppression, etc. UN IDP est quelqu’un qui a été déplacé pour les mêmes raisons, mais à l’intérieur de son propre pays. Et c’est justement l’un des nombreux problèmes que l’on connaît dans cette région. Car il n’y a pas vraiment de frontière définie entre le Tchad et le Soudan. Qu’est-ce que cela veut dire ? Eh bien, si l’on suit la frontière qui court entre les deux pays sur des centaines de kilomètres, on ne trouve rien pour la matérialisée : pas de ligne, pas de clôture, rien. C’est la même chose que partout ailleurs dans le monde, il existe des lignes imaginaires qui ont été tracées entre les deux pays par les gens au pouvoir il y a de nombreuses années. J’ai toujours aimé cette idée… qu’il est impossible de voir ces frontières tracés par les hommes depuis le ciel. Quoiqu’il en soit, dans les régions isolées, il n’y a pas de frontière ; les villageois vivant alentour traversent facilement cette ligne imaginaire tout le temps. Certains même habitent au Tchad et techniquement leurs enfants vont à l’école au Soudan, et vice-versa. Ainsi, étant donné que tous ont fui le même conflit, certains ont le titre de réfugiés et d’autres celui de IDP. Les réfugiés sont abrités dans les camps et leurs besoins de base tels que l’abri, la nourriture et les soins médicaux sont assurés par le HCR de l’ONU, l’UNICEF, le WFP et d’autres organisations. Les IDP n’ont pas accès à ces services car ils sont techniquement dans leur propre pays et peuvent théoriquement recevoir de l’aide de ce pays. Et comme c’est la cas ici et dans de nombreux autres endroits, le problème tient au fait que leur gouvernement ne peut pas ou ne veut pas les aider. L’un des aspects les plus choquants que j’ai découverts en venant ici, c’est que d’une certaine manière les réfugiés vivent mieux que les IDP ou même que les villageois autour d’eux, car leurs besoins de base en nourriture, en vaccination et en abri sont assurés.

Ainsi nous avons maintenant des dizaines et peut-être des centaines de milliers de personnes qui viennent de la même zone de conflits, qui arrivent dans un district peuplé de villageois déjà très pauvres, et qui se mettent à utiliser les ressources locales : eau, le bois, la terre, etc. Certains deviennent des réfugiés si, lorsqu’on les interroge, ils sont venus d’un village du Soudan et d’autres en revanche ne sont pas admis dans les camps. Ils créent ainsi des camps de fortune à l’extérieur des camps officiels de réfugiés.

Alors, imaginez que votre village s’est déplacé près d’un point d’eau et que vous vivez là tant bien que mal comme un agriculteur pauvre. Puis à 100 km de là un génocide se déclenche et 120.000 nouveaux venus s’installent près de chez vous, blessés, battus, affamés et fuyant le génocide. Et là, l’eau qui était suffisante pour votre communauté se tarit, et le bois utilisé pour le feu disparaît.

Cela ne signifie pas pour autant que les réfugiés ont une vie facile, mais cela explique les tensions qui apparaissent avec les gens de la région. Plus de détails sur ces complications dans les prochains reportages…

En route depuis le terrain d’atterrissage vers le camp, nous traversons le village de Goz Beida. Ce village est constitué de huttes à toit de chaume et il abrite une force militaire impressionnante. Partout l’on ne voit que des jeeps remplies de soldats équipés de RPG (lance-roquettes) . Il y a une tension dans ce village, car l’est de cette zone a été le théâtre d’un grand nombre de conflits ces derniers mois.

Nous traversons le village en une quinzaine de minutes et arrivons au panneau bleu et blanc
du HCR qui signale que nous avons pénétré dans le camp de réfugiés de Djabal.

Nous dépassons quelques huttes et entrons dans un ensemble de longs bâtiments en pisé rouge disposés en rectangle, avec au centre un grand carré de terre. Alpha, notre chauffeur, demande à quelqu’un où se trouve le groupe, lorsque nous voyons approcher de loin un groupe d’une vingtaine d’enfants suivant quelqu’un vêtu d’un tee-shirt blanc. Ce doit être Gabriel…

Nous traversons le carré et sautons de la voiture. Nous sommes immédiatement assaillis par une multitude de visages réjouis. C’est excitant et en même temps nous nous sentons un peu submergés. Ne sachant trop que faire, je me mets à prendre des photos en rafales. Lorsque je montre les photos aux enfants, ils rient en poussant des cris. Ils sont si excités qu’ils se mettent à se pousser les uns les autres pour être au centre, de sorte qu’il devient difficile de prendre des photos d’un enfant à la fois. Je commence à comprendre que mon rôle est de contenir cette foule et je commence à les tenir à distance en leur donnant un ordre de passage : toi, toi, après, toi, etc. Et cela marche à peu près, mais ce sont des enfants, et au bout d’un moment, leurs mains et leurs visages se bousculent à nouveau devant l’objectif. Tout ce jeu est amusant et on se laisse facilement prendre par cette excitation, et ainsi je continue à prendre des photos pendant une vingtaine de minutes.

Gabriel et KT-J commencent à se diriger vers l’école où ils vont interviewer un groupe d’adolescents à propos de leurs études. Ils passent chacun d’un enfant à l’autre dans la classe et leur posent des questions sur leur expérience de l’école. J’écoute et suis étonné de leur désir d’apprendre et de leur passion pour l’instruction. Tous demandent davantage de livres et ont pour rêve de devenir enseignant, scientifique, médecin, etc. Ils expriment aussi leur frustration par rapport à leur pays qu’ils ont quitté, à l’école qui était bien meilleure au Darfour ; ils ne comprennent pas pourquoi ils ne peuvent pas continuer l’école. Ils demandent humblement toute aide que les USA pourrait leur donner pour changer cette situation. Cela est particulièrement encourageant, mais en même temps c’est un crève-cœur. Encourageant parce que pour eux les USA restent le leader mondial. Mais c’est décourageant parce qu’ils ne sentent pas l’impact de ce leadership. Cela est une occasion inespérée pour notre pays de réaliser un changement énorme dans la vie d’un si grand nombre de personnes, au moyen d’une contribution très modeste.

En écoutant ces enfants aujourd’hui et aussi à travers les conversations que nous avons eues avec des Tchadiens, avec des représentants du HCR et des travailleurs humanitaires, nous avons eu confirmation de la vision que nous avions de la situation depuis plus d’un an maintenant. L’impact de l’instruction dans les camps est capital pour améliorer les conditions présentes et soutenir à long terme ces communautés. De théorique, cette vision commence à devenir réalité. Je peux voir clairement devant moi les réfugiés bâtir cette école et les enfants inspirés par la possibilité d’avoir une instruction complète, des milliers d’enfants buvant à la coupe de la connaissance et devenant les leaders capables de guider ce peuple vers l’avenir.
Ce n’est plus un simple concept, c’est tangible maintenant et surtout possible ! J’espère pouvoir contribuer à créer cette école, voir les visages souriants des enfants en face de moi et que nous tous rentrions à la maison.

Ce premier jour dans les camps m’a touché et m’a inspiré au-delà de ce que j’aurais pu imaginer.

Votre dévoué et reconnaissant Concitoyen du Monde,
Joshua Tree

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