Reportage sur le jour n°5

Et voici Joshua et Jeremiah

Envoyé par Carolyn le 24 janvier 2008-01-24
Joshua et Jeremiah ont rencontré Gabriel l’année dernière et le contact s’est fait immédiatement. L’un et l’autre avaient envisagé de participer à l’action humanitaire en facilitant les relations personnelles avec les populations dans le besoin. Leur mission est très proche de notre démarche ici avec i-ACT et ils ont sauté sur l’occasion pour visiter les camps au Tchad. Malheureusement ils ont été retenus à N’djamena dans l’attente de leurs autorisations, mais ils devraient rejoindre Gabriel et Katie-Jay demain à Goz-Beida, alors, restez connectés ! Nous sommes enthousiasmés par l’idée de les avoir avec nous pour ce voyage, car chaque nouvelle personne se joignant à i-ACT apporte avec elle une nouvelle perspective et une vision unique.

Si vous êtes intéressé par leurs idées, allez sur leur site : World Abundance et Abundant News.

Le village de Djabal

Envoyé par Katie-Jay le 24 janvier 2008-01-24
6ème jour

Le soleil se lève lentement aujourd’hui. Peut-être est-ce parce que je suis déjà à moitié réveillée plusieurs heures avant de devoir me lever… A chaque fois que j’ouvre lentement mes yeux et que je les referme rapidement, il fait un peu plus jour. Enfin, je me lève, prépare mes affaires, puis nous voilà partis. Un nouveau jour, un nouveau camp et je me sens bien.

Il n’y a que deux kilomètres jusqu’à Djabal et c’est assez plat ! Comme nous nous arrêtons aux points habituels de la ville de Goz Beida, j’observe les murs de pisé, les grands arbres qui fournissent une ombre précieuse, et les vignes. La plupart des murs sont ornés de vignes ; celles-ci sont un peu brunes, bien sûr, car la saison des pluies est finie depuis des mois. Toutefois, je vois plus de plants ici que je n’en ai vu depuis mon arrivée au Tchad ; ils bordent les rues et grimpent le long des murs.

Une fois à l’intérieur de Djabal, le paysage ne change pas beaucoup. Nous voyons seulement quelques tentes utilisées la plupart comme couche supplémentaire du toit de paille rectangulaire ou rond. Il y a pas mal de balles d’épis et de fanes de maïs séchés posés sur les toits ou bien debout au coin de la cour. Il y a beaucoup d’ânes qui mangent de la paille et qui ont là un petit abri. Les vignes poussent sur les murs qui forment de petits chemins, juste assez larges pour laisser passer une voiture. J’ai l’impression d’être dans un village, et non pas dans un camp de réfugiés. Cela jusqu’à ce que nous rencontrions les gens de Djabal.

Comme lors de mon premier jour à Kounoungo, une femme âgée s’approche de moi. Elle me souhaite la bienvenue et me remercie, d’une voix qui monte de plus en plus haut à mesure des réponses qu’elle fait à mes questions. Elle est notre entrée en matière avec Adef, Achta, Hassan et Hissein (des jumeaux !), Kadija, Maryouda et nos trois guides qui doivent nous amener pour rencontrer Oumar.

Oumar a rencontré Tracy Mc Grady (joueur de NBA de Houston) il y a quelques mois et ils ont parlé un moment. Nous avons amené des photos et des vidéos de leur rencontre, ainsi que des autres habitants du camp, afin de mettre en relation son lycée en Floride avec les gens du groupe ici.

Nous avons trois guides qui ont identifié Oumar et qui sont d’accord pour nous aider à le trouver. Dans un camp de 16.000 personnes je me demande combien de temps cela va prendre. En chemin nous traversons quelques maisons – un espace avec trois feux traditionnels, quelques ânes et un petit bout de jardin. Je me retrouve un peu derrière le groupe lorsque j’essaie de filmer plusieurs femmes dans leurs travaux quotidiens. Sans traducteur, je ne peux que leur dire bonjour et demander leur nom. Mais je leur demande à l’aide d’un sourire et des mouvements de bras habituels, si je peux les filmer et prendre des photos, et ça marche. Elles se rassemblent et, avec force gestes et mouvements, m’expliquent comment elles vivent.

Je cours pour rattraper les autres… un petit groupe s’est formé sur le grand fossé sablonneux qui partage le camp en deux. Ils ont trouvé Oumar, et en moins de 10 minutes.
Nous lui demandons s’il joue au basket. « Je suis un joueur de football, j’apprends seulement le basket». Gabriel et moi échangeons un regard – un match de football qui se jouera plus tard à 4 contre 20 !

Il nous conduit à sa maison, pas loin du centre du camp et sa mère est là. Genie nous souhaite la bienvenue dans son foyer, et, en une simple phrase, me fait entrer dans sa vie.

« Je suis à la fois la mère et le père », dit-elle, « depuis que mon mari est mort il y a un an dans le camp ». Je pense alors à ma propre mère, qui, elle aussi a assumé le rôle de mère seule, un sort auquel sont confrontés un grand nombre de gens dans le monde. Avec éloquence et sincérité elle décrit ses responsabilités et sa vie quotidienne, faite surtout de longues heures d’un travail laborieux. Je suis étonnée par la gratitude qu’elle exprime pour la possibilité qui lui est offerte d’être abritée dans ce camp pendant cette dure période de sa vie. Avec deux enfants de moins de cinq ans qui n’ont connu comme maison que les camps de réfugiés. Je me demande si elle pourra un jour leur montrer l’endroit où elle a grandi et leur apprendre son mode de vie traditionnel, avec la liberté que chaque être humain mérite.

Avec 50% de la population de ce camp et de la plupart des 12 camps d’ailleurs, âgée de moins de 17 ans, comment pourrions-nous finir la journée sans un match de football ?

Nous formons d’abord des équipes : Gabriel, moi, Ali et Oumar (pas celui dont on a parlé plus haut) contre Oumar, son frère, et une quinzaine de garçons – véridique ! C’est difficile de jouer au foot sur un si petit terrain et un tel nombre de joueurs, mais notre équipe arrive à passer et à MARQUER ! Ils jouent avec des buts : l’enclos des ânes d’un côté, qui cause une remise en touche, et le groupe des filles, accroupies derrière nos buts, les deux autres côtés sont ouverts. Oumar se bagarre et est très fort sur les balles hautes – parfois en levant son pied au-dessus de sa tête ! Le jeu est à 2 partout et le prochain but gagne la partie. Nous nous battons pour éloigner la balle de notre défense pendant quelques minutes et arrivons à l’envoyer vers l’avant ou plutôt dans le fossé ! Oumar fait une passe depuis le côté gauche, je feinte à gauche, « Tire », crie Gabriel ! Je tape doucement le ballon de l’intérieur et il passe devant le premier garçon, le second veut shooter, mais il le rate, le troisième aussi ! Notre équipe de quatre a réussi à battre une équipe de 15 joueurs !

Le SPF 55 me tombant sur mes yeux, et mon tee-shirt couvert d’une fine couche de sable, je me retire à l’ombre et regarde les garçons plus âgés et Bouba, notre traducteur, qui sont encore en train de taper dans le ballon.

Aujourd’hui je quitte le camp avec un sentiment relationnel très fort. Je sais que lorsque je reviendrai demain, je verrai beaucoup de femmes et d’enfants que j’ai rencontrés aujourd’hui. Nous visiterons leur école et j’espère que nous pourrons parler à la seule élève fille du niveau 6, le niveau le plus élevé dans l’école de ce camp. Je suis pleine d’espoir aujourd’hui, non seulement parce que j’ai rencontré maintenant encore d’autres personnes parmi les plus résistantes que je pourrai jamais rencontrer, mais aussi parce que je sais que la relation que nous avons peut changer quelque chose dans la vie de nos nouveaux amis.
Ensemble, KTJ

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